samedi 9 juillet 2011


Aziz Faye brocanteur
« Je gagne plus, par rapport au travail que j’ai perdu »
Originaire de Thiès,  précisément du  département de Mbour, Aziz Faye a travaillé (comme receveur) plus de vingt ans dans la Société de transport en commun du Cap-Vert (SOTRAC) sise à Dakar. Puis, il  s’est reconverti en vendeur de livres suite à son licenciement. Il est père de 3 enfants dont un fils et deux filles.
Quelles sont les raisons pour lesquelles  vous avez été licencié de la sotrac ?
La mal gérance  de leur part qui,  par la suite  a causée la faillite de la société! Une société qui avait le monopole  de transport à Dakar et un beau jour on déclare la société en faillite.
Vous dites que la société avait le monopole du transport à Dakar, alors comment expliquez-vous cette faillite ?
Déjà, il faut souligner que l’Etat a une grande part de responsabilité dans cette situation. Car à partir de 1992 à l’approche des élections présidentielles, l’Etat pour amadouer la jeunesse Socialiste a du recruter massivement des jeunes qui n’avaient aucune expérience dans le domaine des transports.  C’est ce qui a fait en sorte qu’en 1996, la société a commencé à sentir la lourdeur, elle  a été lessivée. Alors ne pouvant plus supporter les charges, elle a déclaré faillite en 1999.
Comment avez-vous pris la nouvelle ?
Avec philosophie! Ça ne m’a pas surpris. Car  entre   1996 et  2000 la Sotrac était en difficulté dans la régularisation des salaires de ses employés.  Elle accumulait parfois 6 ou 7 mois sans nous payer. Les travailleurs ont commencé à se plaindre de plus en plus.
Quelle a été la réaction de votre entourage ?
Silence ! C’était difficile. Ma femme  commença à se plaindre de notre avenir et me conseillait déjà de vendre ma bibliothèque, chose que j’ai refusée. Les parents qui venaient chez moi chaque week-end, quand ils ont appris la nouvelle ne venaient  plus et ce jusqu’à présent.
 Vous êtes père d’une famille monoparentale  de trois(3) enfants alors comment faite-vous pour subvenir à leurs besoins ?
Je n’ai pas pu concevoir  regarder  ma famille sans rien faire. Quelques temps après ma femme est tombée malade, cette situation venait s’ajouter aux charges de la maison. Pour acheter les ordonnances et m’acquitter des factures,  j’ai du vendre quelques livres de ma bibliothèque.
« J’ai du vendre quelques livres de ma bibliothèque. »
A quel moment exactement vous vous êtes reconverti en vendeur de livres ?
C’est précisément en 1999. Au fur et à mesure que je fréquentais le marché du livre, j’ai découvert un credo que je pouvais exploiter. C’est de là que j’ai pris une option de me reconvertir  en brocanteur.
D’où  proviennent les livres que vous vendez ?
Comme, j’ai l’amour de la lecture, chaque mois j’en achetais un pour mon simple plaisir de lire. Donc après la lecture je classais le livre dans ma bibliothèque, et, pour les besoin de ma clientèle je côtoyais d’autres filières pour m’approvisionner.
Avec ce nouveau métier, arrivez-vous à satisfaire les besoins de votre famille ?
Au début, ce n’était pas facile. Mais avec le temps j’ai commencé avoir le bout du tunnel.  En dehors de mes enfants, j’ai  deux filles  à ma charge et ce grâce à la vente des livres.
Vous êtes  à la 12 ème année dans ce métier de vendeur, regrettez-vous l’emploi que vous avez perdu ?
Il hoche la tête ! Non ! J’ai géré l’extraordinaire. J’ai maintenu ma famille et de plus j’ai amené 2 de mes enfants à l’Université et la cadette est en 1ère grâce à la vente du livre. Aussi, je gagne plus par rapport au travail que j’ai perdu. En dehors de tout ça, je travaille à mon propre compte, je peux m’absenter  quand je veux car je n’ai de compte à rendre à personne.
Comptez-vous arrêter votre activité ?
Non ! Tant que je serai en bonne  santé je ne crois pas arrêter. J’irai jusqu’au bout. J’attends le relais de mes enfants.
Qu’entendez-vous par relais de mes enfants ?
(Il rit) ! Non je n’ai pas l’intention de leur demander de vendre comme moi des livres. Mais plutôt, par relais, j’entends le fait qu’ils réussissent dans leurs études c’est en quelques sorte une manière de me mettre en équilibre face à ma conscience. Je leur offre la possibilité d’aller loin dans leurs études. J’ai pris des paris dans ma vie,  je leur demande de relever le défi.
  propos recueilli par Sandra.B
.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire